À propos

La première photo dont je me souvienne, j’ai 5 ou 6 ans. 
Une photo de famille prise lors d'une randonnée. Une émotion toujours vivante.
Aspirée par cette image, je découvre le temps suspendu, l’action figée, 
la possibilité d’explorer cette fraction de seconde à l'infini... Et soudain, la distanciation. Cette petite fille, c’est moi. Pas le reflet du miroir. Moi, vue de loin. Posée dans la montagne, aux côtés de ma mère, de mes frères. Étrange vertige. Sans pouvoir verbaliser, 
je prends conscience de mon existence.

Chez nous, il n'y a pas de photos. Sauf dans une malle oubliée dans le grenier. 
J’exhume toutes ces images. Mes grands-parents, l’enfance de ma mère en Indochine, celle de mon père tourmentée, leur rencontre à Saïgon, notre enfance... 
Des fragments de vies, de secrets, d’histoires que je relie à la mienne.

À 17 ans, je fais un portrait à la volée d’un ami avec un appareil jetable. 
Quand je découvre le tirage, ce centième de seconde d’exclusivité avec son regard, 
je comprends que la photo crée un lien invisible.

La photo m’a menée aux Beaux-Arts, puis en studio. Elle m’a fait voyager aussi. 
Avec l’arrivée du numérique, je me suis tournée vers le graphisme. 
Mais elle ne m’a jamais quittée. Elle est toujours là, partout, tout le temps. 
Mon fil conducteur, le lien. Réhabiliter des visages, des histoires, des fragments de réalité. Chercher la beauté, la fragilité, la dignité, l’absurde.

Faire de chaque photo une rencontre entre celui qui regarde et le sujet regardé.